Tartufferie dans la nutrition scientifique

Les nutritionnistes aiment bien faire peur, c’est de bonne guerre et, après tout, c’est leur fond de commerce. Il y a de quoi. Les nourritures industrielles ont encore du chemin à faire pour rassurer les mangeurs soucieux de leur santé. La preuve ? Ecoutons Jean-Michel Cohen qui est très proche de Danone et Nestlé et s’est fendu d’un livre, Les nouvelles religions alimentaires (Flammarion) il y a quelque temps.

Il y dénonce les religions, et même les « sectes » de végétariens, macrobiotes et autres crudivores inféodés à des « religions alimentaires« . Gouvernant les sectes, on trouve donc des gourous dont il précise qu’ils sont « des nutritionnistes dont les dogmes changeants sur les régimes sont suivis aveuglément par leurs dévots » (1). Il pointe les « lubies » du mouvement anti-laitages avec un procédé très courant qui consiste à grossir à la loupe une ou deux âneries colportées ici ou là, comme le lait qui provoquerait le cancer ou le lupus. On trouvera bien sur Internet de telles idioties mais le fond du débat sur le lait n’est pas, là Monsieur Cohen… Où est « l’escroquerie » que vous dénoncez ? Dans votre silence.

Le journaliste Patrice van Eersel parvient à faire dire à ce nutritionniste médiatique qu’il est lui-même un gourou, même s’il se prétend « assez autonome pour se libérer des clichés et des rumeurs colportés par les médias exploitant nos névroses… au profit de certains » (1). Mais quand vous dites « certains« , de qui parlez-vous, Monsieur Cohen ?

Même stratégie de l’amalgame pour le bio : « Une grande partie des produits bio consommés par les Français sont importés, donc mal contrôlés et possiblement trafiqués« . La faute à qui ? Qui freine l’extension des surfaces bio pourtant décidée au Grenelle de l’Environnement ? Que signifie cette ruée sur le bio, même importé ? Les mangeurs seraient-ils tous des imbéciles ? D’autant que le bon Jean-Michel Cohen assure qu’il mange des produits bio, en s’excusant de leur trouver « un meilleur goût« . Et que fait notre consultant, au lieu d’encourager à produire du bio pour que tout le monde ait accès au goût qu’il recherche lui-même ? Il verse dans la démagogie consistant à s’indigner du prix élevé et de l’injustice faite « aux petits budgets ». Tartufferie !

(1) Clés, avril-mai 2014, p. 145.

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On peut aussi enfiler les 10 perles du bon docteur Cohen sur ce collier-ci.

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