Agroalimentaire : la fin du food bashing ?

Longtemps, l’industrie agroalimentaire fut dans le déni. Ses acteurs constamment stigmatisés par les médias souffraient d’un désamour pour leurs produits. D’un côté, les pubs glamours (jusqu’à la stupidité), de l’autre, les articles saignants sur les viandes « reconstituées » et les plats assaisonnés aux nanomatériaux et au glutamate monosodique. Le bio était montré comme un luxe ou une impasse, le local comme une lubie.

A force de publications et de films, « une nouvelle conscience émerge » pour Christophe Brusset, ancien cadre dans l’industrie (1). Mais « gardons en tête que ce n’est pas parce que l’emballage est rigolo avec des petits bonshommes et un slogan qui fait croire que tout est bio et maison, qu’il faut tomber dans le panneau« . Suivez notre regard vers Michel & Augustin… L’auteur a donné un témoignage de première main sur la dégradation des produits alimentaires, les mauvaises pratiques jamais révélées comme la viande verte avariée dans les steaks hachés, les miels mélangés et bourrés d’antibiotiques. Pour lui, une nouvelle conscience émerge : « De l’Europe à l’Asie. A Singapour où j’habite, les restaurants sans glutamates se multiplient. En Chine où l’obésité des jeunes fait des ravages, le gouvernement annonce un plan pour réduire la consommation de viande de 50%. S’il veut mieux manger, le consommateur va devoir payer un peu plus cher. N’oublions pas le rôle des pouvoirs publics. Ce sont eux qui écrivent les lois et peuvent interdire tel type d’huile, tel additif, des règles auxquelles les industriels doivent se conformer. »

Dans le dossier du Parisien, un éloquent portrait d’Emmanuel Faber dont on a déjà beaucoup parlé depuis son discours à HEC en juin 2016. Il y annonçait la « révolution de l’alimentation » au moment où il achète aux Etats-Unis WhiteWave Foods, spécialiste du bio et du végétal. Avec l’ambition de devenir le leader mondial du  bio. L’opération Transparence, c’est étiqueter la part des OGM dans ses produits d’ici la fin 2017 comme le réclame un collectif de 400 associations américaines depuis 2011.

KwalitoLe mouvement ne fait que s’amplifier. Car les applis comme Kwalito permettent de connaître la composition d’un produit, mai aussi d’aller plus loin : voulez-vous avoir que la vitamine D de votre yaourt vient de… la laine de mouton ? Chimique ou pas, tout produit doit être transparent. On peut donc savoir au magasin ce que contient telle soupe, le Nutella ou les produits de la marque lyonnaise bio Bjorg qui sont les plus téléchargés.

Alors, la fin du Food bashing ? Pas encore pour tout de suite, car seront des plus en plus épinglés les produits de mauvaise qualité. Et il y en a des milliers…

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation et dirige le Food 2.0 LAB avec Richard C. Delerins et Christophe Lavelle.


(1) C. Brusset, Vous êtes fous d’avaler ça ! Un industriel de l’agroalimentaire dénonce, Flammarion, 2016. Interview dans Le Parisien, 23 juillet 2016.

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