Art contemporain : Manger en blanc, ou La Dernière Cène (2008)

bal_blanc1L’art des nourritures (« food art ») est l’un des thèmes de recherche du Food 2.0 LAB.  Nous joignons cet extrait du blog d’Olivier Bauer sur une représentation du repas, intitulé la Dernière Cène qui fait allusion au dernier repas du Christ avant sa mort, le lendemain. Au cours de ce repas, le Christ prononce les paroles reprises dans l’Eucharistie chrétienne : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang« . Ces paroles, confinées dans l’espace religieux du christianisme, ont, en réalité, débordé sur nos pratiques à table (on y reviendra), et elles ont surtout inspiré les peintres et photographes depuis le Moyen Age et la Renaissance. Mais aujourd’hui aussi…

En 2008, pour la publicité de son 14e Bal en Blanc, le groupe montréalais Playground avait choisi une réinterprétation de La Cène, intitulée « La dernière cène – Dieu est un DJ / The last supper – God is a DJ », dont la reproduction ci-dessus, est décrite par O. Bauer de la manière suivante :

La longue table blanche placée transversalement, la nappe blanche, la vue en légère contre-plongée, les treize personnages installés derrière la table et sur ses côtés, la lumière qui jaillit derrière la tête de la figure christique font penser à l’œuvre de Léonard de Vinci.

« Mais les ressemblances s’arrêtent là et les différences s’accumulent. Le décor est dépouillé, minimaliste. Les murs de la salle et les trois fenêtres ont disparu. Les personnages sont des deux sexes; certain-e-s affichent leur homosexualité, tous, leurs origines ethniques et religieuses. Il y a, de gauche à droite, un Judas chrétien, un travesti athée (il ne porte pas de signe distinctif qui permettent de l’identifier, mais il est présenté comme tel dans la légende de l’image), un apôtre bouddhiste, une apôtre vaudou, une apôtre musulmane, un apôtre musulman, un Jésus chrétien, une Marie-Madeleine chrétienne, deux gais chrétiens, un apôtre hindou, un apôtre sikh, et un apôtre juif. Et les couleurs, ou plutôt la couleur de la table et de ce qui s’y trouve disposé diffère: presque tout est blanc, d’un blanc immaculé que le gris uniforme du fond d’où se détache le plus clair des rayons d’une lumière qui trouve sa source autour de la tête de la figure christique et que le teint des protagonistes ne fait que souligner.

Ce Dernier Repas ne comprend rien à manger, mais peut-être quelque chose à boire (les coupes sont en métal, il est donc impossible de savoir ce qu’elles contiennent). Mais, la référence à La Cène, la présence de vaisselles et le fait que les deux personnages aux bouts de table donnent l’impression de trinquer la lient manifestement au patrimoine alimentaire, à ses aliments, nous le verrons plus loin, mais aussi aux rites de sociabilité liés au repas. Sur la table trônent une double table tournante de DJ, une patène et sept calices (mais certains pourraient être des ciboires). Si les personnages témoignent de la diversité montréalaise (diversité ethnique, religieuse et sexuelle), la vaisselle correspond exactement et strictement aux vases sacrés de l’eucharistie catholique ou anglicane. Cependant, l’hostie a disparu, il ne reste qu’une patène vide. Rien n’indique qu’il y ait une hostie dans le ciboire, ni que les calices contiennent du vin. Ce qui ne nous semble pas dénier toute présence des éléments eucharistiques. Vin de messe et hostie sont bel et bien présents, mais symboliquement, en creux, dans les représentations, si ce n’est matériellement sur la table ».

Extrait tiré de Bauer, O., Labonté, N., Filion, S., St-Martin, J., & Rajarison, G. (2013). Hostie et poutine : mises en (s)cène du patrimoine alimentaire québécois. Dans M.-N. Aubertin & G. Sicotte (dir.), Gastronomie québécoise et patrimoine (p. 217-236): Presses de l’Université du Québec: 226-227.

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