Attaque à New York contre la fondue suisse

La presse suisse est en alerte (1). Le New York Times inquiète Va­lé­rie de Graf­fen­ried, cor­res­pon­dante du «Temps» aux Etats-Unis : on attaque la fondue suisse.

Cheese fondueDans ce mélange onctueux où l’on attrape la matière première avec du pain, les Américains proposent des tranches de pommes, du salami en cubes, des quartiers de clémentine, des bouts de bretzel, du raisin sans pépin, du tofu, des abricots séchés… La cui­si­nière frise la provocation en «nous gra­ti­fiant même de quelques va­riantes, comme la «ched­darw­his­key fon­due», la «see­dy gou­da fon­due». Ou en­core la «dark beer ca­ra­me­li­zed onion fon­due». (2)

Culturellement, New York est un maelström qui autorise, selon la journaliste, des expériences très curieuses : du  fromage fondu d’un orange vif dégoulinant sur certains homards, le «imitation crab meat» repéré sur une carte d’un restaurant de Brooklyn, de pauvres salades noyées sous des douches vaporisantes dans les étals des supermarchés… »

La recette « traditionnelle » de la fondue suisse ? Une portion égale de gruyère et d’Emmenthaler, raclette or Appenzeller cheese, le premier pour son goût riche, le second pour sa texture. En guise de schnaps, du kirsch. De l’ail, bien sûr. Et pour ceux qui n’auraient pas compris à quoi pensent les Américains en regardant une fondue : «la fondue peut merveilleusement bien être utilisée versée sur de la laitue romaine à la place d’une sauce salade».

Un beau cas d’aller-retour entre un plat apprécié dans une autre culture mais totalement transformé. Comme le furent le café épicé des Aztèques devenu une douceur en Europe ou les sushis japonais garnis de dorade qu’ici on aime avec, oh horreur, du saumon.

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur des universités et responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS).

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(1) Le Temps, Suisse, 27 mars 2017

(2) A lire sur: blogs.le­temps.ch/ etats-unis/

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