Pour bien vous marier, mangez bien !

31c4ffe07b20575710af772620568e2fEmmanuel Todd avait décrit toutes les contraintes liées aux mariages dans les sociétés humaines. Avec un effet potlatch (1) nécessaire pour donner de la consistance sociale à ce moment. Mais il a oublié ce qu’est devenu, sous l’effet de l’industrialisation, cette cérémonie aujourd’hui vouée à la consommation : cadeaux, voyages, vêtements et… repas.  Sacro-saint repas auquel n’échappent ni les invités, ni les mariés qui veulent le faire savoir.

Emilie Veillon (2) s’amuse à décrire un « wedding cake à l’américaine ». Kesaco ? Un wedding cake, c’est un gâteau, un peu comme la choucroute de Brigitte Bardot un jour de colère. Un objet avec six couches, d’un biscuit pain de Gênes, avec ganache de chocolat ou de fruit, un chapeau en pâte à sucre dans des tons azur, crème, avec un peu de rose. Comme sur le bouquet et les joues de la mariée. Les traiteurs peuvent aussi vous proposer des entremets, mousses et toutes sortes d’objets sur la structure. Là, on peut monter aussi haut que le Burj al-arab à Dubaï. Sauf qu’il faut juste s’entraîner pour commencer la découpe. Le reste du gâteau est en cuisine et découpé avant d’être servi. C’est ce qu’on propose dans les hôtels de la chaine américaine Fairmont qui ont essaimé dans le monde. Pour le menu, pas de prise de tête. Pas plus que pour les fleurs, les vins dont le champagne, la robe, le maquillage, les invitations, les cadeaux des invités… Dans les grands hôtels, on met en place des ateliers et un cocktail déjeunatoire pour les jeunes couples qui veulent ensuite, s’éclater dans les salles de bal.

La marchandisation du mariage se porte donc bien. L’imagination étant nécessaire pour organiser ce type de manifestation assez complexe à monter (beaucoup d’enjeux humains) faisant défaut chez beaucoup de gens, le casse-tête est transféré à des sociétés commerciales qui s’en donnent à coeur joie. Les mariés n’en font souvent qu’à leur tête. Du coup, les salons ont fleuri, invitant des chefs, des chefs pâtissiers, des fleuristes, photographes, DJ, etc. pour faire rêver les futurs mariés. « On pro­met aux couples ins­crits qu’ils re­par­ti­ront avec des étoiles plein les yeux, mais sur­tout avec des ré­ponses à toutes leurs ques­tions, sa­chant qu’ils sont sou­vent per­dus de­vant l’am­pleur de la tâche. Qui n’a ja­mais rê­vé de dis­cu­ter du me­nu de son ma­riage avec un grand chef ?» s’en­thou­siasme la wed­ding plan­ner (2).

Futurs jeunes mariés, la saison printanière commence. Les fleurs de la nature sont pour vous et pour chanter vos louanges. Ne gâchez pas trop la fête avec le ridicule d’une nourriture qui aurait perdu ses qualités dans les dédales de l’industrie.

Gilles Fumey

_________________

(1) Le potlatch (chinook : donner) est un comportement culturel, souvent sous forme de cérémonie plus ou moins formelle, basé sur le don. Plus précisément, c’est un système de dons / contre-dons dans le cadre de partages symboliques.

(2) Le Temps, Suisse, 14 mars 2017

 

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