Le Big Mac orphelin d’un Big Mec. Vraiment ?

jim-delligattiLe fast food a sa nécrologie : Michaël James Delligatti, né en Pennsylvanie alors que les dernières batailles se livraient dans l’été 1918 en Europe est décédé à Fox Chapel.  Ce Big Mec, fils de migrants italiens est considéré comme le père du Big Mac.

Big Mec ?  Chacun jugera mais pour les économistes, fans de chiffres ronflants, de podiums, de « premières fois dans l’histoire », de tout ce bric-à-brac de la pensée informationnelle devenue sensationnelle, Delligatti mérite une nécrologie en bonne et due forme. Delligatti n’aime pas le sandwich traditionnel quand il monte son premier drive in, le Delney’s Drive-in-Restaurant à Uniontown, au sud de Pittsburgh. Il conçoit un nouvel objet comestible à partir du hamburger  dont on sait qu’il s’agit d’une galette de viande hachée qui a volé son nom à une ville allemande. Ce sera deux steaks hachés, une sauce salade un peu piquante, de la laitue pour l’écologie qui pointe son nez, un cornichon pour le craquant, une tranche carrée de fromage pour le design et la couleur, le tout emballé dans trois tranches de pain mou auxquelles quelques graines de sésame vont donner du goût. Son prix ? 45 cents (aujourd’hui 4 dollars). Un an plus tard, McDo rend les armes : le fameux sandwich entre dans le temple de la malbouffe.

Aléas

Delligatti était-il un plagiaire ? Car les multicouches existaient déjà comme il l’a confessé au Los Angeles Times en 1993. Ne pouvant breveter le Big Mac, l’inventeur sans royalties se contentera d’une plaque plantée quelque part.

Maintenant que les compteurs de McDo savent mesurer les quelques 550 millions de Big Mac qu’avalent les seuls Etats-Uniens chaque année, il faut rendre à César ce qui lui appartient. Car Mc Do n’aimait pas tellement cette montagne de pain viandée mais le business étant le  business, Ronald dut reconnaître que les affaires marchaient mieux à Uniontown que dans ses établissements.

Ce n’est pas tout. Car notre Italien émigré a gardé dans ses gènes quelques traits de la culture italienne du repas. Par exemple, l’idée d’un repas chaud pour les ouvriers de la sidérurgie dans cet énorme complexe de Pittsburgh qui rentrent la nuit.

Aujourd’hui, Big Mac serait, de l’avis du Wall Street Journal, devenu « Small ». Moins d’un cinquième des jeunes nés après l’an 2000 connaissent la géniale invention delligattienne. Mais lui, l’inventeur, selon son fils, s’en serait nourri à raison d’un par semaine. On a les légendes qu’on peut.

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur à l’Université Paris Sorbonne ; il est responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS) et dirige le Food 2.0 LAB.

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