Danone peut-il faire du bio ?

 WhitewaveUn industriel, Danone, fait son marché aux Etats-Unis où il rachète   une firme de produits bio, WhiteWave Foods. D’où la question : l’industrie agro-alimentaire peut-elle faire du bio? Car le bio est au coeur de l’évolution radicale du modèle agricole et alimentaire industriel productiviste : produire et de manger « bon, propre et juste » (Slow Food). Après des décennies d’égarement, d’injonctions sur la productivité, sur les bas prix à n’importe quelle valeur nutritionnelle et sociale, sur la compétitivité, l’industrie commence-t-elle à réaliser qu’elle a fait fausse route ?

On n’est pas naïfs jusqu’à penser qu’acquérir une firme fondée par le bouddhiste Steve Demos va tout changer chez Danone. Que les allégations santé de la firme française vont disparaître des segments Bébé et Seniors de son offre. Qu’un PDG comme Emmanuel Faber arrivé avec des idées à la Macron et son maître à penser, Paul Ricoeur le personnaliste, pourrait faire dévier vers un autre monde Danone, cette multinationale bâtie avec des fermes productivistes, des yaourts et des fromages industriels, des allégations santé bidons retirées avant que la justice l’y contraigne. Non, nous ne sommes pas dupes.

Danone achète bien un groupe qui lui permet de doubler sa part de marché aux Etats-Unis. Qui possède notamment Silk, So Delicious, Alpro et Vega oeuvrant sur le segments des nourritures et boissons végétales alors que le lait de vache est de plus en plus contesté, jugé inutile pour les adultes, voire toxique. Emmanuel Faber a beau expliquer qu’en achetant WhiteWave, il écrit « cinquante pages de l’histoire future de Danone« , il y a encore du chemin. Il peut être, certes, fier de ses nouveaux yaourts bio Les 2 Vaches commercialisés en France avec l’américain Stonyfield, il faudra qu’il prouve que le lait ne vient pas de la ferme des 1000 vaches en Picardie ou de ces  concentrations industrielles tant prisées par la FNSEA.

Le prix n’est plus le principal critère

Le moment est choisi. Une enquête auprès de 1000 personnes  montre que  78% des répondants déclarent que la qualité des produits reste leur premier critère d’achat d’un produit, loin devant le prix (21%). Une autre enquête financée par  l’Obsoco auprès de 3 500 personnes révèle que près des deux-tiers des Français sont prêts à payer plus cher leur alimentation si la qualité y est. Le prix n’est plus le critère numéro un. Le Credoc qui n’a jamais porté d’enthousiasme pour la vague bio invoque la crise de la vache folle et milles autres craintes d’insécurité alimentaire pour expliquer le désamour pour les produits qui ne sont pas de bonne qualité. Facile de constater que les mangeurs passent le balai dans leur alimentation avec les « produits sans » (gluten, sucres, pesticides…), des produits bruts et frais, de plus en plus bio.

Sur le plan géopolitique, les difficultés des pays émergents poussent Danone à revenir aux Etats-Unis en pleine transition qualitative de leur alimentation. Les difficultés de Coca, Pepsi, Kellog’s et McDo, de la méfiance vis-à-vis du gluten et, nouveauté, des OGM agissent comme un signal.

L'industrie est-elle soluble dans la qualité ? Et la morale ?

L’industrie est-elle soluble dans la qualité ? Et la morale ?

Sur le terrain de la morale

Pour les tenants de la bio, la morale de l’histoire serait douteuse : la bio est une exigence incompatible avec l’industrialisation de l’alimentation. Faber, conscient qu’on vit une « révolution de l’alimentation », aime à dire que les humains ne sont pas des vaches (qu’en pense Lactalis ?), qu’il a un « droit d’utopie et un devoir de réalisme », que l’argent et le pouvoir sont des « prisons mentales », le marché « une illusion », la justice sociale « une nécessité » comme il l’a rappelé à HEC en juin 2016.

Sur ce terrain-là, Faber est attendu. Comment traitera-t-il se fournisseurs ? Gardera-t-il longtemps des billes dans l’ancien système productiviste, ou le groupe est-il désormais tourné vers des pratiques alliant le respect de l’environnement, la justice sociale et la santé des mangeurs ? A suivre.

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation et dirige le Food 2.0 LAB avec Richard C. Delerins et Christophe Lavelle.

 

 

 

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