Et pan sur la tomate !

Faisons un pari. Les mantras de la mondialisation sont toujours le fast food américain, son inusable burger dans ses chapelles aux arches jaunes et l’imitation du vin qu’est le soda dans des emballages rouges. Mais dans quelques saisons, ce pourrait être le concentré de tomate. Pas seulement le ketchup et la soupe de tomates Campbell’s qui ont plusieurs siècles d’existence mais la « tomate d’industrie » qui porte toutes les tares des matières premières mondialisées. De l’armée chinoise (1) au négoce italien et à votre (faux) pizzaiolo, tout y est pour vous dégoûter de vos pizzas préférées.

Des billes pas si inoffensives que ça...

Le commerce très juteux de ces jolies billes…

Le livre de Jean-Baptiste Malet est un vrai thriller. On n’est pas dans les volutes d’Orsenna qui pérorait joyeusement sur le coton ou qui s’amuse des facéties du moustique. Ici, c’est de l’arme lourde. Des stats comme au bon vieux temps de la géographie que détestaient les apprentis de la culture générale : la Chine qui porte le rouge jusqu’à la Cité interdite est le deuxième producteur mondial de tomates (on vous passe les autres chiffres). Comme tout ce qui peut se produire en masse, se conditionner et se transporter dans le monde entier. Vous ne connaissez rien à la tomate d’industrie ? C’est 5% de matière sèche et le reste d’eau, et pour les concentrés le ratio matière sèche/eau monte à 28%. Ce qu’on vous sert dans les avions vient probablement de ce business.

Cette « agriculture de firme » s’appuie sur des équipementiers californiens (Heinz), italiens ou chinois. La génétique a permis de produire des tomates qui supportent les récoltes mécaniques. Jean-Baptiste Malet qu’on lit dans le Diplo et quelques autres canards engagés avertit que la purée de tomates est le premier aliment OGM commercialisé en Europe dès 1996 chez Sainsbury, expérience stoppée après la crise de la vache folle. Rien ne nous est épargné dans ce livre, y compris sur l' »agromafia » italienne et ses relais comme Giaguaro, fournisseur des Leclerc, Carrefour, Auchan, Casino ou encore Monoprix.

Gilles Fumey


Le Food 2.0 LAB devrait accueillir l’auteur de L’or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d’industrie. Paris, Fayard, 2017, à l’automne 2017.

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