Etes-vous orthorexique ? Petit test

astuces-pour-manger-sain-et-faire-des-economies-2790994jirmmOn se pince. Au moment où l’édition nous gratifie de plusieurs livres à charge sur le mépris qu’ont de nombreux médecins envers leurs « patients » qui ne veulent plus de ce statut de basse caste, le bon docteur Gérard Apfeldorfer part en guerre contre l’orthorexie. En s’en moquant, évidemment…

Pour lui, l’orthorexie est une « obsession de manger sain », un mot inventé par Steve Bratman en 1997. En la déclarant obessionnelle ou relevant de l’hypocondrie, il en fait un trouble. Qui n’est toujours pas reconnu et, donc, peut quantifiable. Un trouble parce que les personnes qui en douffrent seraient « obsédées par la qualité des aliments ». Autrement dit, tous ceux qui, depuis Hippocrate, ont cherché à bien manger pour vivre en bonne santé sont des orthorexiques sans le savoir, comme Jourdain avec sa prose. Et le bon psychiatre en fait des futurs clients… Par ici, les TOC !

Gérard Apfledorfer est l’un des responsables de l’association GROS (Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids) qui fait des « propositions constructrices (sic) concernant la prévention de l’obésité. Ils utilisent dans leur pratique quotidienne différentes approches : la thérapie biopsychosensorielle, les thérapies cognitivo-comportementales et leur volet de thérapie émotionnelle, les approches psychodynamique et corporelle. » Et avec le Dr Zermati, Apfledorfer anime le site Linecoaching qui promet de « réguler votre alimentation et perdre du poids sans devoir vous mettre au régime ».

Résumons : les non-médecins seraient des imbéciles, et chercher des aliments sains, transformés le moins possible, sans conservateurs, ni additifs, ni pesticides, tout cela lui paraît relever de la forfanterie. Manger = se soigner, une formule qui n’est pas à mettre dans toutes les têtes. Pour une raison simple : ça détournerait de « la notion de plaisir ».

besessen-von-gesundem-essen_sfr-3760-final_istock_000016113842xlarge918_0La frontière entre la recherche des bons produits et l’obsession est une frontière chiffrée à trois heures par jour. Des pensées qui empoisonnent la vie de ceux qui en sont les victimes. On reconnaît là la méthode  parfaite qui consiste à appliquer au plus grand nombre de mangeurs ce qui relève de quelques cas pathologiques, relevant effectivement de troubles. Ceux qui cherchent à bien se nourrir ne s’isolent pas tous socialement, ils vont au restaurant où ils essaient de contrôler une partie de ce qu’on leur propose.

On les accuserait volontiers d’être des donneurs de leçons parce que tout ce qui ne s’apparente pas à la norme troublerait ceux qui ne veulent pas réfléchir à ce qu’ils font. Bratman aime dire que « quelqu’un qui passe ses journées à manger du tofu et des biscuits à la quinoa se sent parfois aussi méritant que s’il avait consacré sa vie à aider les sans-abri ».

Ces formes de mépris vont jusqu’à faire imaginer par Apfeldorfer que les fameux orthorexiques seraient paranoîaques, enclins à penser à un complot mondial des médecins, des Etats et de l’industrie agroalimentaire pour empoisonner la population, C’est tout mélanger pour mieux discréditer. Car ce qui doit primer pour ces médecins, c’est le plaisir et la convivialité. Des notions anthropologiques qui ne sont pas du tout à la portée des médecins

eatright

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Petit test : êtes-vous orthorexique ?

Le docteur Bratman a élaboré un questionnaire à destination des personnes orthorexiques. Voici les différentes questions auxquelles vous pouvez répondre :

 

  • Passez-vous plus de 3 heures par jour à penser à votre régime alimentaire ?
    • Planifiez-vous vos repas plusieurs jours à l’avance ?
    • La valeur nutritionnelle de votre repas est-elle à vos yeux plus importants que le plaisir de le déguster ?
    • La qualité de votre vie s’est-elle dégradée, alors que la qualité de votre nourriture s’est améliorée ?
    • Êtes-vous récemment devenu plus exigeant(e) avec vous-même ?
    • Votre amour-propre est-il renforcé par votre volonté de manger sain ?
    • Avez-vous renoncé à des aliments que vous aimiez au profit d’aliments « sains » ?
    • Votre régime alimentaire gêne-t-il vos sorties, vous éloignant de votre famille et de vos amis ?
    • Éprouvez-vous un sentiment de culpabilité dès que vous vous écartez de votre régime ?
    • Vous sentez-vous en paix avec vous-même et pensez-vous bien vous contrôler lorsque vous mangez sain ?

Si vous avez répondu oui à quatre ou cinq de ces questions, cela révèle que vous devriez considérer votre alimentation de manière plus détendue. Si vous avez répondu oui à toutes les questions, cela montre que vous êtes totalement obsédé par le fait de manger sain.

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur à l’Université Paris Sorbonne ; il est responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS) et dirige le Food 2.0 LAB

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