Les Français changent-ils leurs habitudes de petit-déjeuner ?

Cafe FloreA en croire une étude de NDP Group (février 2017), les Français se mettraient au petit déjeuner hors-domicile qui serait une pratique anglo-saxonne. Et on nous présente des chiffres « sur 4 ans » qui n’ont aucune signification, mais qu’importe. Car +5% de visites en 2016 chez La Croissanterie, ça ne dit rien de ce qui est consommé. Si c’est un expresso pour les trois-quarts des visites, on dira : la belle affaire…

Mieux, pour Maria Bertoch (« experte »), cela s’expliquerait par… l’offre de coffee shops qui augmente et par des « consommateurs plus nomades et plus pressés ». Avec un ticket moyen de 4,10€. L’experte aurait comptabilisé 760 millions de visites en 2016 (bingo !), notamment dans les boulangeries sandwicheries où se mêlent les achats de pain pour la journée, de prises en salons de thé, de fast casual… Du flou flou malgré les « espaces » pour consommer sur place. La Panière (31 boulangeries, participant sans doute à la fabrication de ces 760 millions de visites), Allo Resto by Just Eat associé à Franprix et ses propositions « Matin » livrant des petits-déjeuners au domicile et au bureau.

English breakfastDans le TOP 3 des « gagnants », Starbucks, Columbus Café & Co, Costa Coffee.  De ce qu’on appelle ici « une déferlante matinale », on ne dit rien sur les origines et les causes. Car il vaut mieux aligner des chiffres, des plus, des moins, des catégories (salé, sucré) que de savoir pourquoi les Italiens ne prennent quasiment pas de petit déjeuner, pourquoi  les Allemands et Anglais aiment les saucisses chez eux plutôt que chez Starbucks, pourquoi la viennoiserie, contrairement à ce qui est dit, décline en France… Et si les Italiens prennent un croissant à 11h, est-ce encore un « petit déjeuner » ? Et le brunch du dimanche, est-il un petit déjeuner ?

photo1-livraison-petit-dejeuner-1-9x8xbx4w1294069Quant aux Français qui changeraient leurs habitudes, de quels Français s’agit-il ? Des cadres sur le quartier de la Défense à Paris ou des personnes âgées d’une maison de retraite à Aix-en-Provence ? Que disent les moyennes ? Les transhumants dans les gares, toujours plus nombreux, sont-ils à agréger aux sédentaires ? Et des comportements « moyens » sont-ils possibles à interpréter lorsque les mêmes mangeurs changent leurs manières de commencer la journée selon le type de repas de la veille ?  Enfin, le rôle des boulangeries est-il d’avoir suivi une demande qui se faisait pressante devant les cafés de moins en moins performants dans l’accueil, l’offre, le rapport qualité-prix ? Ou de l’avoir précédé ?  Qu’on nous épargne ces « études » superficielles qui ne présentent que quelques fables agréables à entendre.

Bref, vivement des études fines sur ces mutations des comportements alimentaires .

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur à l’Université Paris Sorbonne ; il est responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS).

 

 

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