Gastronomy Valley ?

Vous connaissiez la Silicon Valley (Etats-Unis), la Plastic Valley (Jura du Sud), la Watch Valley (Suisse),  l’Optic Valley (Essonne), à Lyon la peu affriolante Vallée de la Chimie et bien d’autres encore. Vous allez découvrir la Gastronomy Valley.

Une gastronomie largement aidée par les vignobles de qualité

Une gastronomie largement aidée par les vignobles de qualité et l’antique N7 vers la Méditerranée

Organiser des projets de territoire autour de la nourriture, l’Alsace le fait depuis longtemps dans un mouvement qui a été initié à la fois par la plus ancienne route des vins de France, mais aussi par une batterie de restaurants et d’événements comme les marchés de Noël qui créent une saison touristique hivernale sans neige ni montagne ! La région Auvergne-Rhône-Alpes qui comptait déjà une « capitale mondiale de la gastronomie » (appellation prononcée par Curnonsky, sans doute après un repas arrosé, mais reprise sans discontinuer depuis les années 1930) veut promouvoir le concept d’une «vallée mondiale de la gastronomie», s’étendant au delà de ses frontières de Dijon à Avignon, et portée par les syndicats du tourisme. La région entend pousser «un plan marketing très fort», où Lyon, qui a engagé un projet ambitieux de Cité de la Gastronomie «doit avoir un rôle de leader», ajoute M. Daragon, vice-président du tourisme de la région Rhône-Alpes-Auvergne. Ce marketing territorial doit s’appuyer sur «une dizaine de projets-phares». Parmi ceux-ci, ces Cités de la Gastronomie que Lyon et Dijon sont en train de construire.

M. Daragon, qui est aussi maire de Valence, a rappelé que sa ville, qui a «raté le coche» de la labellisation, travaillait aussi à son propre projet de Cité de la Gastronomie piloté par sa chef-star Anne-Sophie Pic. Ce projet, «parfaitement complémentaire de celui de Lyon» se ferait «en bonne intelligence» avec Lyon. Mais la Cité de la Gastronomie de Lyon, qui sera installée dans l’ancien Hôtel Dieu où Rabelais a officié comme médecin, reste en mai 2016 toujours à la recherche… de financements. Il faut trouver 13 millions auprès de «grands mécènes» privés dont à ce jour un seul est connu: le chocolatier Valrhona.

Une carte qui montre l'ancienneté de la gastronomie sur l'axe Paris-Lyon-Méditerranée

Une carte qui montre l’ancienneté de la gastronomie sur l’axe Paris-Lyon-Méditerranée

Après l’oeno-tourisme, le tourisme gastronomique se dote d’outils qui maintient une forme de pression en France contre la malbouffe industrielle. Désormais que la très grande majorité des Français ont déménagé dans des zones urbaines, il leur faut recréer un lien aux territoires qui ne passe plus par les champs mais par des systèmes symboliques où les lieux auront tous leur sens. Une Gastronomy Valley a du sens lorsque depuis deux millénaires, sur cet axe de passage Nord-Sud, l’un des plus fréquentés d’Europe, des jalons peuvent être posés pour rappeler que l’alimentation ne peut pas tirer sa force symbolique seulement de l’hygiène, de la nutrition et de tout autre argument qui ne rappellerait pas, comme  le géographe Jean Bruhnes, que « manger, c’est incorporer un territoire ».

Ce tourisme renvoie à la racine de ce que fut l’invention des Anglais au XVIIIe siècle : s’étonner de l’altérité, goûter à l’étrange, au nouveau, s’enrichir de cultures différentes. Nul doute que la frénésie d’aménagement territorial alimentaire, poussé par Eataly qui débarque à Paris dans quelques mois pourrait singulièrement renouveler les pratiques culinaires des Français qui découvriront une alternative à des nourritures industrielles dont ils se méfient de plus en plus.

Gilles Fumey est responsable du Food 2.0 LAB et du Pôle Alimentation, risques et santé à l’ISCC (CNRS).

 

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