Les gazelles aiment-elles les sodas ?

On se demande parfois à quoi sert la presse économique. Prenez L’Opinion du 2-3 juin 2017 (attrapée dans un aéroport). Il y  est question des sodas nommés « boissons rafraîchissantes sans alcool« . Comme Napoléon à Austerlitz, Cyrille Lachèvre attaque : la France serait « le deuxième pays le plus moralisateur pour l’alimentation et les boissons sucrées  » ! Un classement « inventé » (sic) par l’Institut Molinari classant la France « très loin derrière la Hongrie » (re-sic) dont la place serait liée à la taxe sur boissons sucrées et énergisantes en 2013, l’interdiction des fontaines à soda en libre-service depuis janvier 2017. « Et cela pourrait continuer avec des mises en places de taxes sur les fast foods et les confiseries » regrette l’auteur.

sodas 2Les sodas ont un nom officiel (les boissons rafraichissantes sans alcool) et, évidemment, un poids économique lesté de 38 usines, avec un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros, des emplois indirects (14 emplois pour un emploi dans une usine, incluant les cafés-restaurants, les boulangers, les petits commerces, etc. Mais on ne sait pas si les médecins soignant le diabète, les infirmiers, les agents de la sécurité sociale, les croque-morts agissant en aval des décès liés aux surdoses de sodas sont comptés dans l’estimation. L’article s’achève sur les coûts de l’innovation (il faut bien des cerveaux pour penser les sodas sans sucre ou autre ingéniosité « pour répondre aux besoins des consommateurs« . On se pince devant son Coca !

Pourquoi ces pudeurs de gazelle devant les sodas et leurs méfaits avérés sur la santé dans la presse économique ? Ca me fait penser à une étude canadienne parue en janvier 2017 (1) montrant qu’en 25 ans, une taxe d’accise sur les boissons sucrées aurait prévenu chez les Canadiens adultes jusqu’à plus de 600 000 cas d’obésité et le tiers de cas de diabète. Même recherche sur l’impact de taxes et subventions aux fruits et légumes  sur la santé des Australiens (2) : on aurait pu économiser 2,3 milliards de dollars en dépenses de santé publique. Et, enfin, une méta-analyse (3) : une subvention de 10% sur les fruits et légumes augmente leur consommation jusqu’à 17%.  CQFD.

Gilles Fumey


(1) Jones. et coll. L’impact d’une taxe sur les boissons sucrées sur la santé et l’économie au Canada (résumé). Janvier 2017.
2. Cobiac LJ et coll. Taxes and Subsidies for Improving Diet and Population Health in Australia: A Cost-Effectiveness Modelling Study. (2017) PLoS Med 14(2): e1002232.
3. Afshin A et coll. The prospective impact of food pricing on improving dietary consumption: A systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2017 Mar 1;12(3):e0172277.

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