La France, ça se mange !

ori-pays-inox-france-moule-decoupoir-gobel-6067_6218L’imagination des pâtissiers atteint la géographie qui se met à leur service. Car voici donc la possibilité au moment où les frontières se dissolvent et les territoires se reconfigurent une manière de s’attacher à des lieux qui nous parlent. Pour les Français, cette forme dont on apprenait qu’elle est « hexagonale » (sic), la voici prise au piège d’une forme à gâteau. Elle fabrique des objets qui sont dégustés pour ce qu’ils représentent et sans doute pas pour leurs saveurs…

Faire une France pâtissière, c’est choisir ce qu’on veut offrir. Du chocolat ? Des pommes sur une pâte feuilletée ? Du salé ? Tout est possible mais le message sera différent…

france-d160-h30Offrir un gâteau géographique à table crée toujours une forte surprise. Chacun y va de son commentaire. L’apprenti(e)-pâtissier(e) est à l’honneur, on applaudit ! Au moment de découper, le gâteau devient géopolitique. Pour en avoir fait l’expérience, un gâteau offert à des Allemands a réactivé des convoitises anciennes : ils demandent à manger l’Alsace-Lorraine. Offrez la France à des Italiens : ils aimeront la Corse ou la Savoie. Et les Bretons ? Ceux qui ont passé d’inoubliables vacances au bord de la mer tiennent à les croquer symboliquement, dit Lévi-Strauss pour qui « la meilleure façon de dire à quelqu’un qu’on l’aime, c’est encore de le manger ».

corse-l250l120h45Le géographe Jean Bruhnes professait en 1932 dans une de ses leçons mémorables au Collège de France : « Manger, c’est incorporer un territoire ». On pense aux vins, aux fromages, à des plats régionaux  comme la choucroute en Alsace, la potée en Auvergne, le jambon au Pays basque. Les fabricants de moules à gâteaux l’ont pris au mot sans le savoir en profitant des capacités du sucre à exciter la créativité des pâtissiers. Rappelons-nous Antonin Carême et ses gâteaux architecturés.

cadre-afrique-35-1-640Cette fonction métonymique du moule à gâteau géographique nous rappelle que nous avons tous été architectes amateurs, enfants sur le sable des plages, à bâtir des châteaux. On apprenait ainsi que l’être humain n’est pas indifférent aux limites. Dans la réforme territoriale actuelle, qui sait si ce découpage aberrant n’a pas été décidé sur une carte pâtissière ou un flan ?

 

Gilles Fumey est professeur de géographie culturelle à l’Université Paris Sorbonne – il est également responsable du Food 2.0 LAB et du Pôle Alimentation, risques et santé à l’ISCC (CNRS)

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