Sans gluten, ni lait, ni sucre : pourquoi parler d’obsession ?

France 5 programme ce 5 avril 2016 un documentaire très curieux. Entre confrères journalistes, on s’encense et on voit dans ce catalogue d’avis bizarrement cousus, tout ce qu’il faut pour dénoncer « l’obsession du manger sain ». Qu’on appelle ailleurs, pour faire sérieux : l’orthorexie, en indiquant qu’elle est une maladie. Alors qu’il s’agit d’une pathologie inventée par ceux qui, justement, n’ont pas compris l’intérêt qu’il y a à réfléchir au contenu de ce qu’on mange.

Aglutent sansDire qu’il y a 6 millions de personnes en France pensant être malades de leur alimentation, c’est stigmatiser cette catégorie de population en la jugeant comme imbécile. Pourquoi seraient-ils les nouveaux idiots des industriels ?  Leurs aliment seraient-ils parfaits ? Ce n’est pas tellement ce que disent les études des Nations unies sur l’alimentation industrielle. En parlant de « mode de vie », d’habitudes, ne serait-ce pas un moyen de dédouaner les industriels dont les produits sont souvent montrés du doigt. Trop de sel, de sucre, de gras, de conservateurs, disent les nutritionnistes qui ne travaillent pas pour l’agroalimentaire. Le législateur doit contraindre sans cesse pour limiter les abus. Et les services marketing ne manquent jamais de rappeler que « sans gluten », « sans sucre ajouté », c’est une marque de qualité, de confiance en la marque qui, bonne fille, prend en considération les demandes des mangeurs.

Yan Di Meglio, le réalisateur, pousse à distinguer les vrais malades des allergiques (1% de la population) qui traquent le lactose ou le gluten. Pour autant, a-t-on le droit de penser que ces intolérances sont fantasmées ? Et s’en prendre à un business qui s’empare de test douteux, de programmes de remise en forme ?  L’enquête mêle les vegans et autres populations en laissant croire que celui qui cherche à bien manger se coupe du monde en rêvant de la nourriture parfaite. Et en cela, serait comparable au boulimique ou à l’anorexique. Curieux procès !

Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse sont les champions de cette approche ambiguë.

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation et dirige le Food 2.0 LAB avec Richard C. Delerins et Christophe Lavelle

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http://www.saaps.fr/
http://sanslaitsansgluten.com/saaps-2016-le-salon-des-allergies-alimentaires-et-produits-sans-a-paris/
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