Le goûter, un repas de plus pour les Français ?

L’addiction aux chiffres est telle aujourd’hui qu’on ne saurait plus raisonner sans eux. Voici un cabinet, NPD Group qui sonde les reins et les coups de cœur de 14 000 Français. En affirmant que la pause goûter vaut plus de 5 milliards d’euros. Mais voilà, derrière la batterie de chiffres, la banalité des analyses. Pour des industriels qui s’en lèchent les babines à l’avance.

Les jeunes ont la dalle

On apprend qu’entre 16h et 17h, on peut aller jusqu’à 40% des visites dans « des » établissements de restauration. Qui vient ? Des jeunes de moins de 24 ans. Où ? Dans les boulangeries et les coffee shops, mais aussi la GMS (grandes et moyennes surfaces, autrement dit, les supérettes). Du pain au chocolat donc, des brownies et de la junk food (toute une gamme dans les enseignes de la grande distribution).

repas-gouterpartageLes raisons ? Pour l' »experte » de NPD : « Le goûter est ancré dans les modes de consommation des Français« . Ah bon ? Sont-ces les maternelles et les écoles primaires qui auraient jeté l’ancre ? Et des gaillards de 24 ans auraient donc encore besoin de leur sucette ? L’impossibilité pour ces pseudo-analystes de comprendre un régime alimentaire globalisé, sur la journée, en fonction de l’âge, conduit à raconter des âneries. La vraie raison est que ce qu’on appelle les « repas de midi » n’en sont plus. Ou si peu. Que le sandwich du lycéen ou la bouillie de la cantine à l’école primaire n’ont pas été suffisants pour tenir l’après-midi. Et que, parfois, voire souvent, le petit-déjeuner est squeezé… Sans compter qu’un trajet de retour peut-être long, ou qu’une sur-offre commerciale de boulangeries idéalement placées attire le chaland.

Et cette pause, elle est salée ou sucrée ? Les viennoiseries l’emportent, pour leur prix à défier Jean-François Copé de candidater chez Paul, pour leur richesse calorique, pour leur practicité, on n’ose pas parler de « plaisir » pour ces produits surgelés souvent de médiocre qualité. Les adultes, voire les mamies, y ajoutent du café, pendant que les hommes attendent la bière un peu plus tard.

Autre « révélation » de NPD : le salé aurait franchi le Channel. Kesako ? Des sandwiches (c’est bien compréhensible, voir plus haut) et des burgers, ce qui l’est moins. Le chiffre bondit comme une vachette de Camargue à 40% en 6 ans. Euh, le niveau d’il y a six ans, il représente quoi ? Et si on y ajoute la junk food salée des supérettes (gâteaux d’apéro, chips).

Que d’argent gaspillé pour de si piètres résultats ! En fallait-il autant pour dire que les petits Frenchies passent par la case boulangère s’ils sortent tôt, et que s’ils savent qu’ils sortent tôt, ils mangent mal à midi… Que nos ados ont besoin d’énergie pour nourrir leur adrénaline. Et si nos papy-mamies sirotent du thé autour d’une tarte (autre trouvaille), c’est qu’avec le vieillissement de la population, le créneau des tartes est à prendre. Même ça ne figurait pas dans l’expertise. Qu’on se le dise !

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur des universités et responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS).

Bookmarquez le permalien.

FOOD 2.0 LAB : Articles récents

Les commentaires sont clos.

Une vodka au brouillard de Californie : la FOG

Mac Do, le fast food et la morale

Dijon, future capitale de la gastronomie envahie par la malbouffe ?

Le goûter, un repas de plus pour les Français ?

Quand la Californie veut inventer la Food 2.0

Emmanuel Macron au Courtepaille

Les Radis d’Ouzbékistan. Tour du monde des habitudes alimentaires

Le culte des mangues en Chine

Scandaleux bacon : cachez ce sein que je ne saurais voir !

Le réchauffement climatique à toutes les sauces