Houellebecq, bec fin

Ahouellebecq livreOn connaissait la cuisine de Proust, de Zola et de Flaubert. Voici celle de Houellebecq servie par Jean-Marc Quaranta. Dans cette traque d’un Houellebecq qui ne serait pas « un individu louche » écrivant des livres « sulfureux » mais celui qui mange avec appétit en six romans pas moins de 200 plats, « soit 34 par livre, plus d’un toutes les 10 pages », Quaranta nous surprend très agréablement. 

Son essai se veut une extension du domaine de la bouche parce que « manger ne dit pas ce qu’on est », alors que depuis Hippocrate, nous avons pensé l’inverse. Brillat-Savarin en avait rajouté une louche de géographie : « Dis moi ce que tu manges, je te dirai d’où tu es ». Tout faux, Jean-Anthelme !

On mange beaucoup chez Houellebecq, notamment dans La Carte et le territoire et Soumission. L’exploration ne se limite pas aux sandwiches mous, aux barquettes de chez Picard qui ont éteint tous les feux du goût. On goûte du thon à la catalane dans Extension du domaine de la lutte, du saint-pierre rôti dans Plateforme, du loup au cerfeuil et des baklavas roulés dans Les particules élémentaires, du risotto aux fruits de mer dans La carte et le territoire, des chipirons au riz crémeux à l’encre dans La possibilité d’une île, du céleri rémoulade, un tajine d’agneau aux artichauts et un waterzooi de poulet (pas moins de quatorze plats !) dans Soumission.

Le critique Sébastien Lapaque qui a déminé le terrain dans son article du Figaro (1) se demande si Quaranta ne provoque pas Houellebecq, gros amateur de poissons, en rappelant que c’était un signe de reconnaissance chez les premiers chrétiens. Houellebecq parle d’ailleurs abondamment d’eucharistie. La table est l’occasion d’évoquer le collectif, le vivre-ensemble. Ironie ? Paradis perdu ? se demande Lapaque.

Pour ceux qui voudraient s’offrir un livre de recette originales, ils trouveront chez Quaranta plus de 70 recettes agrémentées de conseils sur le temps, le coût et la difficulté (p. 12). Ma préférée ? Un soufflé aux morilles qu’une Annelise rate dans un roman de Houellebecq et qui est un délice quand on a la main.

____

(1) Extension du domaine de l’assiette, 29 avril 2016.

Jean-Marc Quaranta, Houellebecq aux fourneaux, Editions Plein Jour

Gilles Fumey est professeur à l’université Paris-Sorbonne et directeur du pôle Alimentation, risques et santé à l’ISCC-CNRS ; il dirige le Food 2.0 LAB avec Richard C. Delerins et Christophe Lavelle

 

Bookmarquez le permalien.

FOOD 2.0 LAB : Articles récents

Les commentaires sont clos.

Cuisine de l’été – Le sel et l’eau de cuisson

Riz synthétique et oeufs artificiels venus de Chine

Perrette a perdu son pot au lait

Pain et fromage au menu de la semaine

Le fast food américain peine en Inde

Haro sur Haribo !

Gastronomie diplomatique dans un boui-boui

Cuisine de l’été – Grillade le midi, grillade le soir : Petite leçon de nutrition

Into the Wild: la cuisine du (gros) gibier

Sushi : quand les Japonais s’invitent à nos tables