Quand l’alimentation rend fou (Sciences humaines)

  • L’excellent magazine Sciences humaines publie ce mois-ci un article de Jean-François Dortier intitulé « Quand l’alimentation rend fou ». Invitation à lire la première partie.

1534184_3_9280_le-grand-hamster-d-alsace-est-en-voie-de_ac48ca880ff5ea7535bde93fb1c89e96Carences vitaminiques, perturbation de la microbiote, sensibilité au gluten… : notre santé mentale est tributaire de notre alimentation. C’est ce que prouvent plusieurs études convergentes sur les animaux et les humains.

Le grand hamster est un rongeur présent depuis longue date en Alsace ; mais l’animal est aujourd’hui sur la liste des animaux protégés : il ne reste plus que 500 animaux dans la région alors qu’ils étaient des milliers une génération plus tôt. La campagne d’élimination dont il est la cible ne suffisant pas à l’expliquer, des chercheurs se sont donc demandé si leur disparition ne provenait pas des pesticides présents dans le maïs. Mathilde Tissier, jeune doctorante à l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC), a mené l’enquête. Dans son labo, 29 femelles ont été soumises à plusieurs types de régimes alimentaires différents : blé ou maïs, avec ou sans vers de terre, pour observer la mortalité des petits. Surprise : les femelles nourries au maïs se sont comportées de façon effarante. Au lieu de s’occuper de leur progéniture comme les autres elles déposaient leurs petits dans leurs réserves puis les dévoraient ! S’il arrive que des rongeurs tuent leurs petits dans des situations de stress, ce n’est jamais dans de telles proportions : 95 % des petits ont été tués et mangés par leur mère !

La raison de ce comportement sauvage ? Les chercheurs l’ont découvert : ce n’est pas la présence d’un pesticide mais une carence de vitamine B3 due à la surconsommation de maïs. La carence en vitamine B3 produit en effet une maladie déjà connue chez l’humain : la pellagre, une maladie mortelle qui fit des ravages à la fin du 19e siècle. On estime qu’elle aurait alors tué 2 à 3 millions de personnes. La pellagre se manifeste par trois symptômes révélateurs – qu’on appelle les 3 D : diarrhées, dermatites (impressionnantes maladies de peaux) mais aussi « démences ». Les signes de démence ressemblent à ceux de la schizophrénie et conduisent a des comportements paranoïaques et violents. La pellagre aurait été la cause d’un nombre important d’homicides dans certaines populations d’Amérique du Nord au 19e siècle (1).

L’alimentation jouerait donc un rôle dans l’apparition des troubles mentaux. C’est ce qu’indique cette histoire des hamsters qui dévorent leurs petits, et d’Américains rendus fous par manque de vitamine B3. Depuis quelques années, les chercheurs exploitent cette piste avec succès. Ils ont mis en évidence le rôle clé de l’alimentation dans l’apparition ou le traitement de certains troubles mentaux comme la dépression, les troubles anxieux, la schizophrénie et même l’autisme.

De l’intestin au cerveau : le rôle de la flore intestinale

Une des pistes de recherche les plus actives porte sur le rôle de la flore intestinale, composée de milliards de bactéries qui vivent à l’intérieur de l’estomac et des intestins. Ces bactéries, avec lesquelles nous vivons en symbiose, sont nos amies : nous leur apportons à manger ; en contrepartie, elles s’occupent de prédigérer les aliments pour nous les rendre assimilables. Or, il a été démontré que cette flore intestinale ne se contente pas de réguler la digestion, elle agit autant sur la prise alimentaire et le comportement, voire la personnalité.

Ce constat s’appuie d’abord sur des observations sur des animaux dits « axéniques », dont la flore intestinale est absente (ce qui est le cas lorsque l’animal naît par césarienne). En 2004, des chercheurs japonais ont montré pour la première fois que ces souris axéniques présentaient un taux d’anxiété élevé et une hypersensibilité au stress. Placées en équilibre sur une plate-forme, elles mettent plus de temps que les autres à descendre. Autre signe d’anxiété, elles se réfugient plus longtemps dans des espaces fermés. Inversement, il suffit de reconstituer leur microbiote (flore intestinale) pour faire baisser leur taux d’anxiété. Première conclusion : les bactéries digestives agiraient donc comme une forme d’antidépresseur. En 2013, une autre étude dirigée par Timothy Dinon a montré l’influence de la flore intestinale sur le comportement social. Les souris axéniques se réfugient plus que les autres dans des endroits isolés plutôt que dans ceux où se trouve un congénère ; elles évitent aussi les contacts avec les inconnus. Inversement, l’inoculation d’une microbiote a pour effet de les rendre plus sociables.

Voilà donc pour les souris, mais qu’en est-il des humains ? L’influence du microbiote sur notre comportement a pu être observée. Un lien entre la schizophrénie et le microbiote a d’abord été établi pour des patients schizophrènes décédés : les prélèvements post-mortem révèlent que 50 % présentaient des troubles gastriques, 88 % des signes d’entérite et 92 % des signes de colite !

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