Quand Léonard de Vinci était végétarien

Léonard de Vinci était végétarien. Le génie qu’il était butait sur la question de savoir   pourquoi et comment les hommes acceptaient de se transformer en « cimetières à animaux », en mangeant des animaux morts : « Homme, si vous êtes vraiment, comme vous le décrivez, le roi des animaux – j’aurais dit plutôt le roi des brutes, la plus grande de toutes ! –, pourquoi prenez-vous vos sujets pour satisfaire votre palais, pour des raisons qui vous transforment en une tombe pour tous les animaux ? […] La Nature ne produit-elle peut-être pas en abondance des aliments simples ? Et si vous ne pouvez pas vous contenter de tels aliments simples, pourquoi ne préparez-vous point vos repas en mélangeant entre eux ces aliments [d’origine végétale] de façon sophistiquée ? [1] »

palette-de-plats-vegetariensEt Léonard n’était pas un cas isolé en se posant de telles questions. Pythagore, philosophe et mathématicien grec, a encouragé le végétarisme. Ce sont les dieux qui mangent les animaux qu’on leur offre en sacrifice. Les humains, frugivores (mangeant de fruits) avant d’avoir été carnivores, pouvaient survivre avec des végétaux (on pense même que certains n’ont pu être qu’herbivores). Même quand les sacrifices animaux étaient fréquents, les civilisations se distinguaient par une retenue dans la consommation carnée qui était, en général, assez rare.

Le christianisme y a ajouté une connotation morale avec la consommation « maigre », le vendredi, en rappel avec la mort du Christ. Les premiers moines avec saint Benoît étaient végétariens. Et de nombreux ordres monastiques (mais pas tous) le suivirent. Chez les protestants, les Adventistes du 7e jour prônent le végétarisme. Chez les bouddhistes, sikhs, hindous où l’on encourage la non-violence, le végétarisme est très suivi, et il exclut même les oeufs.

Aujourd’hui, dans les pays occidentaux riches, être végétarien, c’est respecter la planète et rechercher la santé humaine. Et sur le plan nutritionnel, on peut dire qu’aujourd’hui les régimes végétariens sont sans risque.

Dean Ornish est un médecin américain qui recommandait le végétarisme à ses patients souffrant de pathologies du coeur et de la circulation. Les graisses animales dans les années 1980, c’étaient les bêtes noires. Chercheur à l’université de Californie, il encourage le « Lifestyle Heart Trial » qui permet d’éviter la chirurgie et les médicaments contre le cholestérol  : manger des fruits, des légumes, des céréales complètes et avec une supplémentation en vitamine B12 et en oméga-3. Les viandes, les graisses, l’alcool sont à éviter autant que possible. Il met en avant, pour l’époque peu encline au végétarisme, le fait que les antioxydants, les fibres solubles, les folates, les vitamines et les provitamines (caroténoïdes et flavonoïdes), ainsi qu’un apport d’acides gras oméga-6/oméga-3 doivent être recherchés.

Ornish est aujourd’hui contredit par des études récentes montrant que les graisses saturées et le cholestérol ne sont pas un poison. Qu’au contraire, elles ont un rôle important à jouer dans l’organisme, notamment pour la fabrication des hormones. Ce qui implique aussi qu’un régime, aussi parfait soit-il sur le plan nutritionnel, soit accompagné d’une bonne gestion du stress, de l’exercice physique, du soutien émotionnel. Car la menace pour les personnes en surpoids, cardiaques ou diabétiques, c’est l’isolement, le manque d’affection. « La médecine actuelle a tendance à se focaliser sur les aspects physiques et mécaniques : médicaments, opérations chirurgicales, gènes, microbes, cellules, molécules, explique-t-il. Cependant, aucun facteur n’a plus d’impact sur la qualité de vie, le risque de maladie, et le risque de décès précoce, que la solitude et l’isolement : ni le régime, ni le tabac, le sport, le stress, la génétique, les médicaments, la chirurgie. [2] »

Curieusement, le programme « végétarien » impose de ne pas faire de tort aux animaux, mais aussi d’avoir une vie sociale riche, de faire preuve d’empathie, de pratiquer la méditation. Un programme global pour la santé et la joie de vivre.

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[1] Leonardo da Vinci, Quaderni d’Anatomia II 14 r.

[2] At the Heart of Healing: Connection

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