McDonald Trump, le fast food et la politique

hqdefaultLa sortie du film de John Lee Hancock, « The Founder » avec Michael Keaton au moment où l’Europe passe à table pour fêter 2017 ne manque pas de sel. Ce que son fondateur Ray Kroc imaginait de cette « nouvelle église américaine » explique peut-être aussi l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis de la malbouffe. (Extraits d’un article paru sur Libération.fr)

Disons-le d’emblée, on baille dans la salle de projection. Le Fondateur de John Lee Hancock est ennuyeux, poussif, bêta, même pour raconter qu’un homme d’affaires véreux, Ray Kroc, vole ce qui lui paraît comme une belle idée, celle du fast food mis au point par les frères McDonald’s à San Bernardino (Californie). Mais ce biopic a l’intérêt de montrer une histoire comme héroïque. Car aux Etats-Unis, s’emparer de la malbouffe pour compter le nombre de restaurants qu’on installe dans le pays, ça, c’est sérieux et vaut la reconnaissance. S’enorgueillir de planter deux Golden Arches (en fait de « gold », des banals portiques jaunes) à côté de chaque clocher et drapeau de tribunal américain, pour marteler que l’« Amérique » se serait faite avec la religion, la loi et le fast food, voilà, en effet, une idée profonde à graver dans les tables de la loi cinématographique qui s’écrivent sur la colline sacrée d’Hollywood. Que fait Coca Cola et son breuvage rouge comme substitut au sang du Christ ?

Le sujet du film n’est pas le procès de la malbouffe comme l’a fait Richard Linklater avec Fast Food Nation (2006). Il n’empêche. Voici traité le cas d’une firme qui a semé la désolation en nourrissant les pires filières d’élevage intensif où s’entassent des millions d’animaux dans des conditions effroyables. Une firme qui a conduit à la malbouffe une population qu’elle sur-nourrit. Une firme qu’on doit encadrer par des lois pour en limiter les dégâts environnementaux. Une firme qui rend malades des millions de gens et s’enorgueillit d’avoir 33 000 établissements (on n’ose pas écrire restaurant) en se vantant de « nourrir » 1% de la population mondiale. Une firme portant le cynisme comme un étendard de réussite et de succès menant tout droit des millions de gens à voter pour un milliardaire leur promettant le futur d’un pays de cocagne. Le sommet est atteint lorsque, dans le film, le scénariste, Robert J. Siegel, fait revendiquer la persévérance comme la valeur suprême, avant même l’éducation.

Le pire est que cette bouffe franchisée, capitalisée, financiarisée qui n’est utile que pour gagner de l’argent (on sert des milkshakes en poudre sans lait simplement parce que la chaîne du froid est jugé trop coûteuse) n’est jamais évoquée en tant que telle. Sinon pour expliquer que telle machine est plus rentable qu’une autre pour mettre deux rondelles de concombre dans le sandwich.

mcdonalds-movieLes foules de fast fooders seront-elles heureuses de comprendre leur addiction, lui donner du sens en approuvant tacitement ce modèle qu’ils encensent. Victimes d’une routinisation de la malhonnêteté qui consisterait à innocenter une alimentation malsaine au prétexte qu’elle enrichit ceux qui la vendent, les fast fooders oublient que pour eux, c’est la double peine : non seulement, ils en sont malades mais ils doivent payer pour se soigner. Pour les citoyens, les charges financières de la malbouffe (cholestérol, diabète, cancers, etc.) deviennent si exorbitantes qu’elles sont des alertes pour les politiques devant fabriquer des lois censées protéger les mangeurs contre l’excès de gras, de sel et de sucre. A force d’être rationalisés pour correspondre à l’image qu’un patron se fait de lui, les mensonges et les dénis de la malbouffe deviennent des non-sujets. Un comble.

Le fast food américain est entré dans l’ère de la post-vérité. Puisqu’il est compliqué de démasquer le sens de cette arme de destruction massive de l’alimentation saine, que des biopics en cachent les vrais enjeux, on ne s’étonnera donc pas qu’un homme d’affaires, bonimenteur venu de la télé, de la même trempe qu’un Berlusconi ou un Sarkozy, ait pu être élu. Après tout, les électeurs désignent ceux qui nous ressemblent. L’excellente revue Books cite le philosophe Helvétius du XVIIIe siècle, pour qui lequel le mensonge est le précurseur de la calamité : « Tout peuple qui, par la stupidité de ses administrateurs, parvient à cet état d’indifférence, est stérile en grands talents comme en grandes vertus… » On ne saurait mieux caractériser le fast food américain. Et ses tristes inventeurs qui ont enfanté Mc Donald Trump.

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