Des « milk moments » pour vos cerveaux disponibles avachis

Milk-moments-cniel-+3Communicants en panne d’imagination : voici les industriels du lait bien en peine d’écouler leur marchandise dont on rechigne de plus en plus à se nourrir. Qu’invente le Centre national des industries laitières (CNIEL et son pôle de recherches, l’OCHA) qui s’est greffé sur une communication des Nations unies ? Une journée mondiale du lait ! Il ne manquait qu’une laitière au pot au lait de Vermeer, un peu débridée, qui ait saisi sa cruche et l’ai versée sur un globe…

Voici donc le lait industriel issu de vaches selectionnées nourries à l’ensilage qui devrait passer dans les filières « snacking ». Portes ouvertes et réseaux sociaux ont déversé des tombereaux de vidéos montrant tous les moments de la journée au cours desquels nous pourrions boire du lait. Les communicants appellent ça des « milk moments« . Pour remuer notre cerveau disponible avachi.

milk momentsEn France, on buvait du lait au petit-déjeuner mais il suffit de traîner un matin un peu tardivement dans un buffet d’hôtel pour constater que le jus de pamplemousse a plus de succès que le lait des holstein normandes. La « déstructuration des repas » qui gêne tant les industriels du petit-déjeuner américain (aux céréales) inquiète Laurent Damiens, le dircom du CNIEL (Les Echos). Et la stigmatisation des céréales qui ont basculé dans la malbouffe (trop de sucre, trop de gras, trop de sel) affecte donc la consommation de lait. La machine à statistiques du Crédoc a même calculé que 11% des enfants sautaient le  petit déjeuner en 2003, un chiffre qui aurait bondi à 25% aujourd’hui. Une bonne nouvelle, non ? Côté CNIEL, on dramatise en évoquant les foyers modestes qui sont encore plus enclins à sauter le repas du matin. Il ne manque que les arguments pour prévenir l’ostéoporose des enfants…

Les Québécois qui n'ont pas froid, comme on sait, utilisent sans vergogne le calice en verre pour y vendre leur lait. Qu'en pensent les Bourguignons ?

Les Québécois qui n’ont pas froid, comme on sait, utilisent sans vergogne le calice en verre pour y vendre leur lait. Qu’en pensent les Bourguignons ?

Mendès-France, au secours !

On se rappelle que dans les années 1950 les pauvres petits Français étaient biberonnés jusqu’à l’école primaire où les lobbies du lait avaient pu faire boire un verre de lait dans les écoles. A l’époque, les circuits étaient très courts et la brique scandinave n’existait pas.

Comment faire partie de l’alimentation des adolescents ? En s’agitant sur les réseaux sociaux le soir, puisque les ados se couchent tard et ne petit-déjeunent plus ! Bingo ! A quand la bière au lait ? Car il va falloir de l’imagination dans les bureaux du CNIEL pour pousser les ados à boire du lait. C’est ne rien comprendre que de penser qu’il ne s’agit que de com’

Comme toujours, on regarde ce que boivent les Allemands et les Anglais, ou les Scandinaves, accro du lait qui ne dédaignent pas d’en boire au repas de midi. Ou les Espagnols qui le boivent frais. Voire les Autrichiens qui peuvent passer au micro-ondes un bol de lait le soir avant de se coucher. Aux Etats-Unis, le petit déjeuner est boudé aussi, mais on rattrape facilement les Américains avec du sucre et des arômes artificiels vantés sur des emballages « on the go » qui font rêver Laurent Damiens. Et voilà que les industriels européens tentent leur chance. Sans imaginer une seule seconde qu’une telle stratégie est vouée à l’échec.

Gilles Fumey

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Pour poursuivre le débat, le Food 2.0 LAB invite Christian Grataloup le 13 juin prochain à 17h pour son séminaire mensuel.

 

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