Peut-on jouer avec la nourriture ? Histoire des nouilles dans un slip

Le mauvais goût ne s’est pas emparé de la télévision hier. Mais en sortant son chéquier pour recruter Cyril Hanouna pour la chaîne D8, le Breton Vincent Bolloré, n’a pas fait dans la demi-mesure. Ceux qui regardent encore la télévision ont pu voir l’animateur Matthieu Delormeau se faire verser par Stéphane Rotenberg, de Top Chef, sous les applaudissements et les rires du public,  un plein bol de nouilles dans son slip.

Malgré les protestations de Bruno Donnet, journaliste à France Inter, contre « non-assistance à ennouillé en danger » (1), on se demandera si depuis Chaplin et d’autres artistes, il est toujours moral de jouer avec de la nourriture. On sait que les enfants se font sévèrement réprimander lorsqu’ils lancent des boulettes à la cantine. Bruno Donnet a été jusqu’à citer René Girard pour situer Delormeau dans la posture d’un bouc-émissaire. Bigre ! Les sociologues comme François Jost et Didier Courbet ont montré comment ces agressions sociales dans un contexte présenté comme humoristique banalisent dans le jeune public d’enfants ce qui deviendra une violence dans un autre contexte.

BHL, célébrissime entarté

BHL, célébrissime entarté

Peut-on lier cette potacherie télévisuelle avec l’entartage pratiqué par Noël Godin sur les célébrités ? Certes, l’entartage inspiré d’une mémorable scène de La Bataille du siècle (1927) de Clyde Bruckman se clôturant par une bagarre générale de tartes à la crème en pleine rue, a quelque chose de plus drôle que scandaleux. Il n’empêche. La violence a été reconnue par certains tribunaux dont la jurisprudence a pu faire condamner l’entarteur de Ségolène Royal en 2006.

PestesFrançois Rabelais et, plus tôt encore, Pétrone dans Satyricon (dont on recommande le film merveilleux qu’en a tiré Fellini) racontent tous à leur manière la fascination qu’exerce sur eux la nourriture. Faute d’être un lien au monde, d’être un don, lorsque les nourritures  exhibent leur vanité comme dans l’éprouvante scène de banquet du film Les Petites Marguerites de la tchèque Vera Chitylova (1966) (photo, ci contre), ces nourritures sont instrumentalisées comme une figure de l’absurde. On ne saurait mieux qualifier l’instrument racoleur qu’est la télévision et le scandale par lequel le cinéma tente parfois de se légitimer.

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(1) D. Schneidermann, Libération, 14 mars 2016

 

 

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