Parcours gourmands (2): Vers des médiations renouvelées ?

getattL’offre de parcours gastronomiques et gourmands s’organise donc à différentes échelles (Européenne voire mondiale, nationale, régionale, urbaine et micro-locales).  Après avoir précédemment questionné la sémantique floue de ces mobilités, focalisons nous sur quelques exemples régionaux (via une consultation des sites des CRT – Comités Régionaux du tourisme- dont les écritures se sont considérablement enrichies) pour illustrer  les choix éditoriaux sensés les valoriser.

De l’écriture visuelle à la mise en réseau de ces produits touristiques 

  • L’Aquitaine : le site (tourisme-aquitaine.fr ), très visuel et proposant de multiples chemins de lecture, relie clairement via sa rubrique ‘Saveurs’ les domaines viticoles, les entreprises productrices et les lieux de dégustation mais sans véritablement envisager le visiteur et ses singularités, ses attentes ;
  • La Normandie : son site thématique, « La Normandie se découvre » (normandie-tourisme.fr) propose bien une carte interactive thématique mais sans mettre en évidence les liens entre cidreries, fromageries, lieux emblématiques comme le Palais Bénédictine… qui se dispersent dans les entrées ‘Visites et Découvertes’, ‘Tous à la ferme’, ‘Artisanat’, ‘Terroir et visites d’entreprises’, ‘Cultures et patrimoine’,… ;
  • La région Poitou-Charentes : le site (poitou-charentes-vacances.com) rapproche d’emblée sur sa page d’accueil les Grandes maisons de Cognac, le Marais Poitevin, les lieux d’ostréiculture mais sans proposer d’itinéraires gourmands (malgré une fertile profusion d’applications téléchargeables) ;
  • MielLes Pays de la Loire: s’il propose une entrée consacrée aux flâneries ‘au détour des vins et des vignes’,  le site  (enpaysdelaloire.com) ne les relie pas à l’entrée ‘Marais Salants’ ni à l’entrée ‘Gastronomie’ (qui intègre néanmoins des sous-rubriques illustrant la richesse du territoire, des  Champignonnières du Saumurois aux délices de la mer et de la Loire);
  • La Région Ile de France: le site (visitparisregion.com ) propose dans une rubrique ‘Cafés restaurants Gastronomie’ une succession d’entrées chatoyantes, centrées sur des activités (« Tables d’exception », « Ambiance Bistrot », « Saveurs du Monde », « Faire une pause », « Sortir le soir », « Conseils de chefs », « Boutiques gourmandes ») mais sans vraiment connecter les différents lieux évoqués;
  • La Bourgogne(n’intégrant pas encore sur son site la Franche Comté, bourgogne.com): si dès la page d’accueil le site donne une place privilégiée à l’entrée ‘Vins et gastronomie’, il  renvoie (via d’autres rubriques, notamment ‘Incontournables’ et ’Itinérance’) vers des lieux patrimoniaux, des rituels ou des visites gastronomiques et gourmands de manière quelque peu dispersée. Pour autant, la sous-rubrique ’Emprunter les chemins gourmands de Bourgogne’ nous invite bel et bien à une traversée gastronomique du territoire (de l’andouillette du Nord à la volaille de Bresse du Sud, des moutardes de la Côte d’or à l’Epoisses de l’Auxois) …

Les médiations numériques et leur valorisation 

FromageriesCe bref détour vers les sites internet institutionnels nous permet de constater combien les potentialités relationnelles et participatives des médiations numériques ne sont guère exploitées quand il s’agit d’éditorialiser les ‘parcours gourmands ‘: pas de véritables cartographies interactives thématiques ni de géolocalisations documentées, un manque certain d’agrégation des contenus culturels et patrimoniaux dédiés (à consulter avant, pendant, après), pas de possibilité de participation des visiteurs, voire de création de leur part de contenus multimédias ‘gourmands’ (alors que les réseaux sociaux en débordent, pour le meilleur et le pire).

Sans céder à l’injonction contemporaine aux innovations numériques, il s’agit donc, en réfléchissant en termes de médiation, de :

  • Améliorer les conditions d’une intelligibilité croissante de la diversité culturelle des gastronomies locales ;
  • Faciliter une accessibilité aux lieux et aux temps de la gastronomie et favoriser des visites actives et inventives;
  • Inciter les acteurs publics du tourisme à améliorer le traitement médiatique de ces parcours en vue d’invitations à des voyages mieux documentés et plus éclectiques, émancipés de prescriptions par trop conventionnelles et de formats imposés par les guides papier;
  • Enrichir et renouveler ainsi les propositions de parcours en place, notamment en y intégrant des produits moins attendus mais plus en lien non seulement avec les expérimentations des producteurs, artisans et chefs locaux mais aussi avec des initiatives habitantes et citoyennes (s’inspirant, mais de manière mieux accompagnée, d’initiatives actuelles: https://www.voulezvousdiner.com/fr; https://fr.vizeat.com/?c=EUR ).

Vaste chantier que ces réflexions sur les écritures et les médiations des patrimoines gourmands d’aujourd’hui et de demain qui s’inscrivent dans le projet de repenser et de repositionner la destination France.

Dominique Pagès est membre du Food 2.0 LAB et enseignante chercheure au Celsa-Paris Sorbonne, Laboratoire GRIPIC.

Bookmarquez le permalien.

FOOD 2.0 LAB : Articles récents

Les commentaires sont clos.

L’envers du foie gras, l’enfer des canards

Pour bien vous marier, mangez bien !

Haro sur Haribo !

Nourrissons, révoltez-vous !

Nomad’Yo, un yaourt végétal français

Into the Wild: la cuisine du (gros) gibier

Quinoa, mon amour, ma détresse

Plutôt crus ou cuits, vos tardigrades ?

Cantine scolaire : la révolution silencieuse ?

Président : je suis un camembert qui ment