Pourquoi les insectes nous fascinent

Mopanes (Afrique du Sud) Source : Wikipedia

Mopanes (Afrique du Sud) Source : Wikipedia

Répugnantes bestioles mais étonnantes tout de même, avec des corps légers, très bien articulés, animaux sociaux autant qu’individualistes, les insectes dont on voulait la suppression à coup d’insecticides et autres engins de mort, redeviennent nos amis.
On ne parle que d’eux pour remplacer les bovins et leurs coûteux élevages industriels. Beaucoup les voudraient dans nos assiettes, dans nos bilans protéiques, mais…

Mais quoi ? Ne dit-on pas qu’on va les dissimuler dans les aliments en les transformant en poudre ? Ou en nourrissant d’autres animaux dont nous nous nourrissons, comme les poissons, les porcins ? Les scientifiques élaborent des scénarios pour en industrialiser la production comme on le voit sur cette vidéo du CNRS.

Pour la première fois dans la recherche alimentaire, on va voir travailler à la fois des chercheurs en sciences biologiques et sociales, pour tenter de désamorcer la répugnance culturelle de l’Occident aux insectes tant appréciés en Asie ou, en général, dans les pays tropicaux.

Mbinzo (RDC)

Mbinzo (Rép. démocratique du Congo)

Car en Afrique subsaharienne humide, où les vecteurs de maladies de la forêt équatoriale empêchent les élevages de mammifères, les sources protéiques viennent des insectes. Il faut imaginer des sociétés millénaires qui ont goûté ces animaux, les ont apprivoisé dans leur alimentation, sans doute aux périodes de disette ou de famines. Car la plupart des pratiques alimentaires humaines changent sous la pression de contraintes inédites poussant à tenter de nouvelles plantes : le bel exemple de la pomme de terre qui sauva des armées européennes des famines au XVIIIe siècle le rappelle.

Les questions sur l’entomophagie (consommation d’insectes) permettent de rappeler que les pratiques alimentaires de l’Antiquité gréco-romaine font mention d’usages d’insectes comme Jean-Baptiste, le prédicateur au bord du Jourdain, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. L’Occident a aimé aussi les araignées pour fabriquer des médicaments ou comme remède. Moins connues, les larves de la mouche du fromage sont utilisées dans l’affinage de certains fromages corses tout comme les acariens (cirons) pour le Velay et la Mimolette.

Après avoir vécu une période de destruction massive des insectes et microbes, on redécouvre leurs bienfaits. Une nouvelle pensée du vivant est en train de se fabriquer dans les pays industriels, qui nécessite de faire évoluer les cadres juridiques et médicaux sur les insectes. Bientôt, parlera-t-on de souffrance animale à propos des insectes, lorsqu’on sera très près d’eux ?

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur à l’Université Paris Sorbonne ; il est responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS) et dirige le Food 2.0 LAB

_______

Signalons un dossier documentaire (http://www.ethno-terroirs.cnrs.fr/spip.php?page=dossier&num=42) réalisé à partir des documents du Centre de ressources des terroirs à l’occasion d’une manifestation autour de l’entomophagie pour la dernière Fête de la science .

 

Bookmarquez le permalien.

FOOD 2.0 LAB : Articles récents

Les commentaires sont clos.

Manger du poisson. Et l’épuisement des océans ?

Végétarisme : entre bonheur et « dissonance cognitive »

Coca Cola et les petites affaires de Yasser Arafat à Gaza

Cuisine de l’été – Troubles dans les tomates-mozzarella

Gastronomy Valley ?

Pique-nique chez Édouard Manet

Best sellers « français » livrés à domicile : sushi, pizza, tiramisu

Bordeaux, capitale de la malbouffe en 2017

La discothèque et l’oasis : Bad Hunter à Lausanne

Un poisson peut en cacher un autre !