Quinoa, mon amour, ma détresse

paysan-andesQui-no-a. Un mot à la saveur indienne, venu des Andes. Qui a flambé en 2013.  Jamais on n’avait vu cette graine atteindre des sommets qui feraient grimper son prix à 9000 euros la tonne (le blé se vend 150 euros…). En Bolivie, on apprend que l’ONU a déclaré 2013 l’Année internationale du quinoa. Avec 90% de la production mondiale partagée par deux pays, la Bolivie et le Pérou, c’est la manne tombée du ciel.

La FAO enregistre des augmentations d’exportation vers les pays riches de 260%. Pour une céréale des pauvres (50% des Boliviens et Péruviens vivent sous le seuil de pauvreté)… qui passe dans les restaurants de luxe des deux capitales andines, c’est la mondialisation heureuse. En un an, les revenus ont parfois été multipliés par dix, les villages construisent, des Boliviens émigrés rentrent au pays cultiver des terres qui n’intéressaient personne.

1005880Ce beau conte de fée va tourner au cauchemar. Tout le monde s’étant mis au quinoa, en 2014, les prix s’effondrent. Et passent en-dessous des prix d’avant. Les paysans travaillent à perte… En Bolivie, ils sont 250 00 à vivre de la graine, une céréale cultivée à la main, sans pesticide contrairement au Pérou qui a adopté les méthodes intensives. 500 kg à l’hectare en Bolivie, 7 tonnes au Pérou. Seulement, le quinoa cultivé est « le meilleur » du monde, ses grains sont gros, sa saveur est incomparable. Pourquoi ? La proximité du salar d’Uyuni ? Les sols volcaniques ?

Sur les marchés, les paysans prient le ciel que le prix remontent. Alors qu’ils continuent de plonger… Car la production s’est multipliée en Europe et, notamment, en France (5000 tonnes en 2015, soit les 4/5e de la production européenne). L’Espagne a même conçu une « usine » à Malaga, en réalité 2200 hectares qui peuvent produire plusieurs tonnes en une heure ! Les Boliviens travaillent à la création d’un label alors qu’en France, des agriculteurs alimentent les industriels tels Tipika, Paillé, Vivien avec du quinoa aux pesticides. D’un autre côté, l’ONU a promu le quinoa dans 27 pays pour accroître la sécurité alimentaire.

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Salade de Moringa

Pour l’instant, il faut organiser la protection des sélections variétales andines, les ressources génétiques de ce patrimoine. Les Etats-Unis ont renvoyé il y a quelques mois des cargaisons de quinoa venues du Pérou et de Bolivie qui avaient un niveau trop élevé de pesticides. Dans certaines régions, on a même abandonné la plante. Au profit de la « moringa », une plante magique réputée guérir du cancer et qui maintiendrait Fidel Castro en vie….

Une nouvelle histoire est en germe. Ainsi va la mondialisation des plantes au XXIe siècle.

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Pour en savoir plus sur : La Quinoa dans le Réseau Biocoop: de l’exploitation des paysans de l’Altiplano Bolivien à la promotion de variétés captives cultivées en France

Gilles Fumey est géographe de l’alimentation, professeur à l’Université Paris Sorbonne ; il est responsable du Pôle Alimentation, risque, santé à l’ISCC (CNRS) et dirige le Food 2.0 LAB.

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