Scandaleux bacon : cachez ce sein que je ne saurais voir !

Alors que la France semble très préoccupée cet été par les tenues de plages choisies par ces dames, c’est la poitrine de porc qui a agité la toile ces dernières semaines aux Etats-Unis et a levé le voile sur une réalité : le bacon provient de la poitrine d’un animal !

Bacon 23Google permet de récupérer les statistiques des recherches effectuées par les internautes depuis 2006 via « Google Trends » ce qui donne une bonne indication de l’effet de buzz que peut susciter un événement. En un clic on peut constater qu’en août 2016, plus que jamais, le mamelon (“nipple” en anglais) suscite la curiosité et attise les convoitises.

Début août, une utilisatrice de Facebook poste la photo d’une tranche de bacon. Il s’agit de la pièce maîtresse de la préparation d’un met qui promettait un moment de grande gastronomie américaine s’il n’eut été troublé par l’intervention d’une mamelle impudique.  Objet du scandale : le mamelon avait échappé à la vigilance du boucher ayant pratiqué la découpe ce qui a dégoûté la cuisinière.  La sombre rencontre sera partagée des milliers de fois et apparaîtra, notamment, sur le site communautaire Reddit où elle récoltera de nombreux commentaires et sera finalement reprise par de très (trop ?) nombreux magazines en ligne.

Google Trend BaconCe n’est pas la première fois qu’un sein fait le buzz et ça ne sera sans doute pas la dernière, mais ce que cette histoire révèle a de quoi inquiéter. Si la plupart des commentaires tournaient la scène en dérision et abusaient du champ lexical d’un poitrail un peu cochon, un grand nombre de réponses révèlaient l’ignorance des consommateurs quant à la provenance de la chair dont ils se délectent quotidiennement !  Certains affirment vouloir devenir végétariens après cette révélation, d’autres citent des mésaventures similaires et leur répugnance en découvrant l’anatomie d’un animal mis en pièces de boucherie pour servir de déjeuner. Que l’on cache à un enfant le fait que la tranche de jambon ne pousse pas dans des champs de « jamboniers », soit !  Mais que des adultes en âge de cuisiner s’offusquent qu’on leur impose une vérité toute nue, n’est-ce pas une preuve supplémentaire du refus d’assumer la responsabilité de nos choix alimentaires ?

P1010218En France également, les consommateurs s’éloignent de la cruauté des aliments « bruts ». Les habitudes alimentaires évoluent : en 2014 l’INSEE publiait une étude montrant que la consommation de plats cuisinés progresse de 4,4 % par an et par habitant depuis 1960 (contre + 1,2 % pour l’ensemble de la consommation alimentaire).  Les français passent de moins en moins de temps devant les fourneaux, économisant 25 % de leur temps entre 1986 et 2010.  Ils choisissent des produits déjà préparés et faciles d’emploi (praticité).  La filière de la viande se charge de l’élevage, de l’abattage et de la transformation des animaux, loin des yeux innocents et pudiques des amateurs de bonne chère qui acceptent volontiers toutes sortes de mélanges carnés, « minerais de viande » et poulets reconstitués en nuggets, tant que l’animal où ce qui rappelle sa forme n’apparait pas dans leur assiette !

Karen Uriot est chercheuse en génomique et membre du Food 2.0 LAB.

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