Petite tambouille géopolitique de l’alimentation sucrée

haagenDans le grand bazar de l’alimentation industrielle, les pouvoirs publics tentent de mettre de l’ordre. Déchirés sur l’huile de palme, incapables de s’entendre sur les boissons énergisantes, impuissants devant les boissons alcoolisées (pourtant deuxième cause de mortalité évitable en France derrière le tabac), les parlementaires tentent d’augmenter les taxes sur les sodas. Déclenchant une nouvelle offensive contre le sucre, jugé poison numéro un désormais que le tabac semble maitrisé.

Pour donner une idée d’où on vient, on évoquera 1967 et sa taxe sur les huiles végétales pour l’alimentation humaine. Epoque où les produits laitiers étaient abondants et où un patriotisme économique poussait à la consommation de… beurre. Près de cinquante ans plus tard, la taxe qui a rapporté 124 millions d’euros en 2014 se révèle moins sévère pour l’huile de palme aujourd’hui stigmatisée. Même aberration qui avait conduit à taxer plus les margarines que le beurre. Le chocolat ? Le noir est moins taxé que celui au lait. Quant à la farine, elle est taxée à 15,24% on ne sait plus trop pourquoi…

Le rapport parlementaire propose un big bang fiscal pour tout ramener à 5,5%, ce qui coûterait 600 millions d’euros. En pressant sur la pédale d’une taxe soda installée sous Sarkozy qui doublerait presque, atteignant 4,6 euros par canette et rapportant 590 millions d’euros. Ou encore en taxant les barres chocolatées désignées comme « produit de grignotage comportant des quantités de sucres et d’acides gras saturés« . Ajoutant 50 millions d’euros dans la cagnotte de l’Etat. Ou encore taxer tout ce qui est sucré au-delà d’un certain seuil.

Gagnant-gagnant ? Certes, le pouvoir d »achat gagné n’est pas négligeable. L’eau minérale serait moins taxée et le Coca prendrait 13%, les taxes sur les margarines baisseraient de 12%, les barres chocolatées verraient leur taxe bondir de 14%. En pleine tambouille électorale, pourquoi se priver ? Mais tout le monde plaide pour un étiquetage plus simple à déchiffrer. Impossible à mettre en place pour l’instant car les lobbies veillent.

Gilles Fumey est professeur à l’université Paris-Sorbonne et directeur du pôle Alimentation, risques et santé à l’ISCC-CNRS ; il dirige le Food 2.0 LAB avec Richard C. Delerins et Christophe Lavelle.

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