« Matsutake »: le champignon de la fin du monde

0914cooksadventuresDans les vestiges des grands pins ponderosas d’Oregon pousse le Matsutake, un champignon qui compte parmi les aliments les plus chers au monde.  Sous le titre, Le Champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme (The Mushroom at the End of the World: On the Possibility of Life in Capitalist Ruins, 2015) vient de paraître en français, le livre majeur d’Anna Lowenhaupt Tsing, anthropologue à l’Université de Californie. Un ouvrage qui fera date dans le champ des « Food studies ».

Matsutake-Clear-Soup-II-600x900Tout commence par une enquête de terrain dans les forêts dévastées de l’Oregon, où les grands pins ponderosas ont été coupés pour alimenter l’insatiable industrie du bois, et se termine dans celles du Yunnan, où la marchandisation fait des ravages dans les campagnes, après être passée par la Laponie et le Japon. Le sujet du livre ? Le Matsutake, un champignon très cher au Japon qui ne pousse quasiment plus sur l’archipel nippon et qu’il faut donc importer. Anna Tsing va explorer les mondes – les écosystèmes humains, naturels, économiques et hybrides –  que le Matsutake éclaire et même construit.  En suivant la piste des Matsutakes, Anna Tsing porte un regard singulier sur le monde actuel – qui n’est pas sans rappeler le visionnaire Paul Valéry qui au lendemain de la Première guerre mondiale, écrivait : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ».

What-is-washoku-4Le Matsutake est une loupe pour observer les mutations de notre monde global et mettre à jour les dynamiques du capitalisme au XXIe siècle. Anna Tsing montre comment le modèle de la plantation de canne à sucre au Brésil, en tout point opposé à une forêt de matsutakes, a été le modèle du capitalisme fordien aujourd’hui en train de disparaître. C’est dans les rapports entre le Japon et les États-Unis que le capitalisme actuel s’est en grande partie réinventé depuis la Seconde Guerre mondiale.  Suivre les matsutakes, apporte aussi un éclairage nouveau sur la manière dont le capitalisme ruine aujourd’hui une bonne partie de la planète. Enfin, suivre les Matsutakes, c’est aussi une nouvelle manière de comprendre le rôle de la biologie et de la génomique dans nos societés actuelles.

Les Matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils nous permettent de comprendre l’avenir qui se dessine pour nos sociétés et nos modes de vie au XXIe siècle. Un grand livre qui naît dans l’humus des forêts et s’achève comme un couronnement de senteurs d’automne.

Richard C. Delerins est anthropologue specialiste des comportements alimentaires, chercheur à l’ISCC (CNRS) et cofondateur du Food 2.0 LAB. Il a publié récemment « La Révolution Food 2.0 en Californie : cuisine, génétique et big data », in L’Alimentation demain, CNRS Editions, 2016.

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Anna Lowenhaupt Tsing, Le Champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Editions La Découverte, Septembre 2017, Préface d’Isabelle Stengers.

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