La gastrocosmétique de Kentucky Fried Chicken (KFC) : du vernis à ongles à lécher

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Les amateurs de poulet frit peuvent se lécher les doigts.  Kentucky Fried Chicken (KFC), la chaîne aux 18,000 restaurants (fast foods) vient de lancer à Hong Kong une gamme de vernis à ongles comestibles aux saveurs de poulet frit inspirés de ses recettes emblématiques de « chicken wings ». Les vernis à ongles KFC ont été développés en collaboration avec McCormick, la multinationale américaine des épices qui possède Ducros en France et fournit KFC.

Depuis mai dernier, deux couleurs (recettes) de vernis à ongles sont proposées à Hong Kong dans les KFC : « Original » (beige) et « Hot and Spicy » (rouge-orangé).  « Tellement bon qu’on s’en lèche les doigts » (Finger Lickin’ Good) annonce la pub pour ces délices « gastro-cosmétiques » d’un genre nouveau …  L’alliance entre beauté, cosmétique et alimentation est pourtant ancienne : au XVIème siècle dans un traité célèbre de Michel de Notre Dame, dit Nostradamus, des pages sont consacrées à la fabrication de « recettes secrètes » pour l’embellissement du visage et du corps ; et plus loin, à la manière de faire des confitures et fruits confits bons pour la santé. En 2007, l’entreprise Danone s’est attaquée au marché de la beauté par la « dermonutrition » avec Essensis, un yogourt d’une nouvelle génération censé « nourrir la peau de l’intérieur».

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Le Colonel Sanders (1890-1980) fondateur de l’enseigne KFC qui sourit sur le logo de la marque, serait probablement surpris de savoir que sa « recette originale » datant de 1940, qui contient un mélange toujours secret de 11 herbes aromatiques et épices pour assaisonner les ailes de poulets frits, a également permis d’imaginer un vernis à ongles au goût unique.

Plus encore, Sanders, adventiste soucieux des valeurs familiales portées par l’éthique protestante, se demanderait sans doute, si mettre ses doigts dans la bouche à table et les sucer avec un plaisir non dissimulé, correspond réellement aux bonnes manières d’une nation civilisée. Comme l’écrit Erasme dans La Civilité puérile (1530), l’un des premiers traités destiné à l’éducation des enfants :  « S’il reste quelque chose entre les dents, il ne faut pas l’enlever avec la pointe d’un couteau, ni avec les ongles comme le font les chiens et les chats ».  Question de manière :  « Je ne pense pas, note Chrystal Zhu, 27 ans, touriste chinoise en visite à Hong Kong, que manger du vernis à ongles soit une bonne idée. Je ne pense pas que ce soit très élégant pour une femme de se lécher les doigts ».

Bon appétit !

 

Richard C. Delerins est anthropologue et chercheur à l’ISCC (CNRS) ; il co-dirige le Food 2.0 LAB avec Gilles Fumey et Christophe Lavelle.

 

 

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